1 septembre 2006:
Plusieurs jours passés à réfléchir. Des heures de réflexions dans le but de m'aider. Des réflexions pour me dissuader de cette croyance inchangeable. Dure comme fer, elle me ronge depuis ma jeunesse. Elle a apporté cette phobie. La peur de mourir. Thanatophobie, due à mon athéisme.
Je ne crois en rien. Aucune croyance divine, aucune présence spirituelle supérieure. Nous sommes là par évolution. Nous ne devons qu'à nous-mêmes ce que nous sommes devenus. Et sans croyance, il n'y a forcément pas de Paradis, d'Enfer, de vie éternelle. La mort se résume à la déconnexion du cerveau. On reste dans le même état éternellement qu'à l'instant t-1. Voilà ma théorie. Le même état, éternellement. Chacun meurt dans une souffrance. Quelle que soit la forme du départ, le résultat est le même : à l'instant t-1, on souffre. Cela peut-être une douleur croissante, comme la maladie qui nous emporte lentement, ou une douleur instantanée, très puissante, comme une balle dans la tête. Si le cerveau "s'arrête" à cet instant précis, on reste dans cet état, éternellement...
Eternellement. Je ne parle pas d'années, de décénies, de millénaires, à constamment ressentir cette douleur, douleur qui nous a anéantis ; Je parle d'une éternité. C'est cela qui me fait peur. Même le fait de savoir que tous sont passés par ici, y passent encore, et y resteront sans fin, ne me fait rien. A ce moment je suis égoïste. Moi, je le subirai. Que je le décide ou non, je le subirai. Eternellement.
Et.. si mes calculs, convictions intimes, croyances indélébiles étaient fausses ? Si la mort était simplement le repos éternel ? Ou encore, si elle était simplement rien ? Cette dernière hypothèse est tout bonnement impossible à concevoir pour des êtres pensifs tels que nous. Mais.. Si l'on ne ressentait rien ? La douleur instantanée, puis.. rien. Je ne pourrais plus le penser évidemment, mais j'aurais trouvé mon équilibre, et j'en serais satisfait.
Dieu ? Allah ? Buddha ? Et s'il existait finalement cette.. chose divine ? La sanction catholique pour un acte de suicide serait un millénaire enfermé dans l'Enfer, aux prises de Satan. Je trouve la sanction particulièrement forte dans ce cas. Je passe vingt-deux ans à souffrir, moi l'enfant que la vie a oublié. Et si je fais quelque chose pour m'en sortir, pour m'éviter de continuellement souffrir pendant mes soixante années restantes, je me retrouve enfermé dans une pire situation pendant des millénaires. Rien que cette théorie religieuse ne peut qu'être fausse. Ce n'est pas juste.
Je déciderai de ma mort. Je n'ai jamais été libre dans ma vie. Je veux l'être au moins à cet instant. Je le ferai quand je me persuaderai que la mort en vaut la peine. Quand ma Thanatophobie sera révolue. A cet instant t-1, je sourirai. Je déposerai les armes. Je lâcherai ma peine. Je la partagerai entre tous ceux qui tiennent à moi. Elle sera bien plus supportable, divisée entre tous. Et moi je serai libéré. Je serai heureux de mourir. En paix.
Peut-être faudrait-il que j'aille voir un psy, mais dans une optique différente que précédemment. On travaillera sur cette Thanatophobie, et ainsi je pourrai partir tranquille.
Pour ceux qui ne ressentent pas la peine qui me ronge, pour ceux qui ne me comprennent pas ; Je voudrais simplement vous conseiller de vivre, de profiter de l'instant. Car c'est quand on chute que l'on se rend compte de ce que l'on perd. Moi j'ai perdu, parfois de ma faute, parfois cela m'a été imposé. Et je sais ce que j'ai perdu. Je le quantifie. Et je sais très bien que je ne pourrai jamais retrouver cet équilibre que j'avais aupravant, aussi furtif qu'il ne fût.