Never Been Loved

24 novembre 2006:

Au fur et à mesure que le temps passe, je me sens de plus en plus serein. Je n'ai bien moins peur de la mort qu'avant. Peut-être que c'est tout simplement ça le fait de l'accepter. Je ne dis pas que je l'accepte pour autant, mais je suis sur la voie pour. Je n'ai plus d'argent pour partir loin, je n'ai aucunement l'envie de travailler afin d'avoir l'argent pour partir. Et puis partir là-bas, pour risquer de connaître la même chose, non merci. Je ne veux plus revivre ce que j'ai vécu, je ne veux plus vivre pour risquer de le revivre.

Je n'aurai jamais la prétention pour dire que j'ai tout connu. Je n'ai vécu qu'à peine un quart de ce que les autres vivent. Mais par contre je sais ce que c'est de passer d'un extrème à l'autre. La chute libre. Celle dont on prend conscience que lorsque l'on s'écrase. J'ai beau dire que je ne suis pas heureux, mine de rien je l'ai été, je ne me le cache pas. J'ai connu le bonheur intense, la joie de vivre, le fait d'avoir le sourire au réveil rien qu'au fait qu'une nouvelle journée démarre, qu'au fait que l'on va profiter de chaque instant de celle-ci. Je l'ai connu ce bonheur, j'ai eu la chance de le connaître car je sais que d'autres le cherchent sans fin. Mais aujourd'hui je n'ai plus envie de le chercher. Ce bonheur est fragile, il faut se battre constamment pour le renouveler, pour le déguster. Je suis las de me battre pour ça.

Je suis las aussi des gens qui éprouvent de la compassion pour moi, cette forme atténuée de pitié, qui ne fait que m'enfoncer dans cet état, qui me fait réaliser que non, je ne suis pas heureux. Est-ce pour cela que je ne veuille pas parler de moi ?

J'ai vécu ces derniers mois grace à la rancoeur, grace à ce désir de vengeance, ce désir de faire connaître l'enfer que j'ai vécu à ceux qui me l'ont apporté. Aujourd'hui je n'ai même plus cela. Mes rêves ne parlent plus de meurtre, je ne suis même plus hanté par le fait de vouloir le faire souffrir, lui. J'essaie alors de reposer cette rancoeur sur tout le monde, je me nourris de chaque coup dans le dos que l'on me donne, je crois même que je les cherche pour avoir quelqu'un à haïr constamment. J'aime haïr les gens car c'est dans cet état que je me retrouve, dans cet état que je trouve une raison à ma survie. Mais de cela aussi je suis las.

Je ne veux plus profiter de rien car ce dont je profite viendra tôt ou tard à profiter de moi. Je ne veux pas nourrir les autres, je veux me nourrir moi de la peine des gens. Je déteste les gens, je les hais de la façon la plus primaire et la plus irraisonnée, la plus idiote qui soit. Et cela me suffit.




Au fur et à mesure que le temps passe, je me sens de plus en plus serein. Car une fois que j'aurai détesté tout le monde sans aucune exception, j'aurai enfin retiré cette attache que les gens ont sur moi, ils ne me regretteront plus. Je partirai enfin tel que je me suis toujours senti, non-aimé.