Noël, amour et société

13 décembre 2006:

L'éveil d'un sens, d'un sentiment enfoui. Une sensation refoulée, presque anéantie, oubliée. La vision d'un film plus que douteux quant à son message sollicité - aimez-vous pour être heureux, ou l'histoire d'une romance qui pourtant impossible arrive à naître et prendre place matériellement - m'évoque de la nostalgie. Cette nostalgie je la combats, comme je le fais toujours ; je la combats pour exister, pour être le miroir exact de ma personnalité. Je ne veux pas faire partie du moule - je ne l'ai jamais fait - et l'amour semble à mes yeux être le commerce de la société, le produit parfait.

Aujourd'hui pour vivre heureux il faut être totalement dévoué à notre système économique. Et ce système économique profite aux couples, aux amoureux, même indirectement aux menteurs adultères. Tout est toujours moins cher à deux, à trois, en famille. L'amour qui paraît à tous la force produite par chacun pour un autre n'est en fait qu'une grosse supercherie créée par notre société pour pousser à la consommation. Noël, cette fête passée dans les moeurs comme étant laïque (grosse blague tout de même), approche à grands pas. Tout le monde se précipite pour faire plaisir à ceux que l'on aime, à celui ou celle que l'on aime. On consomme, on achète, parfois à des prix défiant tout entendement (Tenez mamie cette boite de chocolats Lindt que j'ai payée plus de 40€ le kilo alors qu'elle ne m'en aurait coûtée que 20 à une autre époque de l'année). Cela semble normal, normal de faire plaisir, normal d'apporter une preuve de notre affection à chacun. Et bien je ne suis pas d'accord.

Etre deux nous donne une force bien plus tangible pour affronter la vie. Et les media se servent divinement bien de cette idée reçue. Comment oser passer le message suivant : "achetez à vous-même une nouvelle machine à expresso". Non ce message n'apparaît nulle part. "Achetez-leur une nouvelle machine à expresso", cela sonne bien mieux, et cela semble beaucoup plus normal. Tout cela parce que si demain j'achète une machine à expresso pour mon plaisir égoïste et simpliste, ce ne sera pas à cause du mattraquage publicitaire, mais bien parce que j'en voulais depuis un bon moment, elle me manquait. Jamais on ne se dira pendant des mois "il faut absolument acheter à mon père une machine à expresso car je suis certain qu'il la désire", non. S'il la désire, il nous le dit. Mais la publicité véhicule ce message qui peut être erroné, faux. Et puis on s'en fout. On voit le message, on l'absorbe, et on achète en disant sur le moment "ah ouais tiens ça pourrait lui plaire", sans que cela nous ait effleuré l'esprit durant l'ombre d'une seconde auparavant.

Le cercle vicieux est le suivant : la société nous dit qu'être amoureux, qu'être en couple, nous rend plus fort. Et c'est vrai. Car être seul semble être une caractéristique du malêtre, du non-équilibre, on s'enfonce dans la déprime en vivant jour après jour seul. Elle nous dit en parallèle qu'il faut faire plaisir à ceux que l'on aime pour les préserver auprès de nous. Résultat : on consomme. En dépit certes du fait que l'on obtienne des avantages matériels et véridiques en étant en couple (loyer, réductions sur les voyages et autres), il a été révélé et prouvé que l'on dépense beaucoup plus par individu étant en couple qu'étant seul. Et oui, on offre, on achète des maisons, on s'offre des vacances, choses que l'on ne ferait probablement pas en étant seul. Tout cela est terriblement réaccordé par le bénéfice d'être "heureux". Le bonheur, matérialisé et médiatisé par sa forme actuelle, coûte donc un prix.

Et s'il était possible aujourd'hui de vivre heureux tout en étant le plus seul au monde ? Cette question paraît totalement absurde, mais pourquoi ? Pourquoi ce serait si absurde finalement ? Je crois sincèrement que la société a bien plus de pouvoir que l'on puisse le penser.

"Offrez pour lui montrer que vous l'aimez"