Le dernier message

6 octobre 2006:

J'appelle par "dernier message" celui que l'on laisse lorsque l'on veut quitter ce monde, pour en expliquer les raisons. Une longue lettre, adressée souvent à quelqu'un en particulier, à travers laquelle on se confie. A travers laquelle on dit tout. Comme dans les films. Je dis cela, car par expérience, les personnes que j'ai connues et qui se sont donné la mort ne l'ont jamais fait. Mais je me pose la question aujourd'hui, car j'éprouve la nécessité de le faire. Est-ce pour me déculpabiliser, est-ce pour ne pas qu'on me traîte de lâche (bien que je n'en aie strictement rien à foutre) ? Quelle forme devrait-elle prendre ? Est-ce que je ne laisserai la lire qu'à une unique personne ? Est-ce qu'au contraire je devrais la rendre publique, pour faire d'une pierre plusieurs coups et annoncer à tous ce que j'étais vraiment ? C'est ce que je voudrais.

Cette volonté de me supprimer serait-elle née de par ma malédiction ? Celle qui fait que toutes les personnes à mon contact finissent inévitablement par sombrer ? Si j'écris une lettre publique, je le leur dirai. Je leur dirai qu'il ne faut pas se torturer pour savoir ce qu'ils auraient pu faire lorsqu'ils en avaient la capacité. Car personne ne peut rien faire pour moi. Je sais que je suis condamné, et le seul à pouvoir me sauver est moi-même. Par ailleurs, j'aime beaucoup cette idée de globalité. Le fait que tous sauraient le pourquoi. Ils ne seraient pas seuls dans la souffrance de la réflexion. Ils sauront que tous ont le message devant les yeux, et ils pourront le mettre en commun, en discuter.

Dans l'autre cas, celui où le dernier message ne serait adressé qu'à une personne, je sais qui ce serait. Et là c'est ma méchanceté, mon autre moi, celui que je suis redevenu, qui parle. Elle est à la base de tout ce qui m'arrive (ou presque). Je veux qu'elle pleure. Qu'elle se morfonde jusqu'à la fin de ses jours. Que sa vie soit foutue. Elle savait très bien que ce qu'elle faisait engendrerait mon état, elle l'a fait. Par un effet papillon, elle m'a amené à ce que je suis aujourd'hui. Et à mon tour je veux amener la souffrance en elle, et la suivre jusqu'à sa mort. Je veux la détruire. Elle luttera seule pour ne pas accepter ma mort, pour ne pas accepter qu'elle en aura été le commencement, le point de départ.

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Bon j'arrête ici, ça m'a fait du bien d'écrire ces quelques lignes, faudrait pas que je commence à m'énerver.