Rester vivant

12 octobre 2006:

"Un poète mort n'écrit plus. D'où l'importance de rester vivant."
3-2-1-1-1

Mercredi soir, un mot résonne dans ma tête. L'importance.. Cette notion, cette idée d'exister pour le besoin primaire, ou secondaire d'un autre. Cela fait trois mois environ que je prends de l'importance. Cela fait trois mois environ que des gens viennent me parler. Des gens plus ou moins proches. Certains que je ne connais absolument pas. C'est un peu tôt pour dire que je n'aime pas cette nouvelle sensation, mais en tous cas j'en ai peur.

Si l'on regarde bien, j'ai toujours vécu dans l'ombre de moi-même. Bien-sûr j'aimais distraire, faire rire, à la fois pour cacher mon vrai visage des autres, mais aussi pour attirer le regard. Pour avoir cette importance aux yeux des gens. J'aime vivre seul, être le seul à penser de moi-même ; j'aime être mon unique interlocuteur, être le seul avec qui je partage mes angoisses. J'ai tenté une nouvelle expérience il y a trois mois. Celle de, peu à peu, m'ouvrir, parler de moi, uniquement de moi. Je ne sais pas trop encore si le premier but est atteint, mais parler de moi m'a donné de l'importance aux yeux des autres.

Du plus loin que je me souvienne, tout mon entourage était très loin de s'imaginer ce qu'il y avait dans ma tête. Même les psys. Je suis quelqu'un qui à la base parle peu mais qui laisse des traces de son malheur un peu partout. Comme un jeu de pistes. Et certaines pistes étaient, pour le moins, assez sinueuses (initiales des mots dans mes chansons, mots d'un texte formant un signe, un dessin..). Personne, à ce jour, n'avait remarqué ces petits bouts de moi, que je m'amusais à laisser derrière mon passage.

Aujourd'hui, des gens viennent me parler. Des gens s'inquiètent pour moi. Je crois même que la première fois qu'on me l'a dit ne date que d'un mois. Je laisse moins de pistes, car justement j'ai un espace de communication (plus ou moins unidirectionnel) pour tout déballer, sans rien cacher derrière des jeux. J'en laisse moins, mais un peu tout de même (mais que vois-je en ce moment ?). Aujourd'hui quelqu'un l'a découverte. Et il est venu à moi. On a discuté pendant une courte heure. Je retiens ses paroles, elles résonnent dans ma tête, je vais essayer de les retenir longtemps. Car je sais qu'au fond il a raison. J'ai même pu sortir quelque chose que j'avais à lui dire depuis six mois. Ca m'a fait un bien fou. Un poids qui se détache de moi (bien que la différence semble misérable devant les tonnes de sacs à détritus dans mon cerveau).

Et.. si cela est si plaisant, alors pourquoi en aurais-je peur ? Je crois que je connais la réponse. Le fait est que je ne veuille pas prendre d'importance, pour pas que les gens s'attachent à moi, et ce à contre-coeur.